Extrait du livre jeunesse : « Le 24 juin c’est Fête ! »

Extrait du livre jeunesse : « Le 24 juin c’est Fête ! »

Grand-papa, qu’est-ce qu’on fête, au juste, le 24 juin ?

Invités à préparer un pique-nique pour le 24 juin, les petits-enfants ont plein de questions dans la tête.

« Grand-papa, qu’est-ce que c’est, la Fête nationale ?

— Au Québec, notre Fête nationale, c’est la fête qu’on célèbre le 24 juin, c’est la fête de tous les Québécois et toutes les Québécoises.

— Même s’ils sont nés dans un autre pays, grand-papa ?

— Bien sûr, qu’ils soient nés ici ou qu’ils aient choisi de venir vivre ici. S’ils ont décidé de s’installer pour vivre parmi nous, du moment qu’ils partagent nos valeurs et agissent comme des membres de notre société, c’est leur fête à eux aussi.

— Papi, il y a des gens qui disent “la Saint-Jean”. Est-ce que c’est la même fête ?

— Hum ! dit le grand-père en fronçant les sourcils, c’est plus ou moins la même chose… C’est la Fête nationale du Québec, qu’on appelait autrefois la Saint-Jean-Baptiste (ou juste la Saint-Jean) et qui a gardé ce nom-là ailleurs… et dans ma mémoire.

— Granpa, depuis quand est-ce qu’on fête saint Jean ?

— D’abord, on a toujours célébré le passage des saisons. Tous les peuples faisaient donc une grande fête pour saluer l’arrivée de l’été. On appelle cette date le solstice d’été. C’est le plus long jour de clarté de l’année, vers le 21 juin, dans l’hémisphère nord.

Le début de l’été, c’est l’espoir des bonnes récoltes à venir. Comme le soleil se couche très tard au solstice d’été, on le fêtait avec des festins, des chants, des feux de joie et des danses.

Dans le nord de l’Europe, c’étaient les druides et les druidesses, dépositaires du savoir et de la sagesse, qui étaient chargés des cérémonies du solstice, de chasser les mauvais esprits et d’attirer les bons. Chaque culture avait ses traditions à l’occasion du solstice d’été. Il y a donc plusieurs endroits dans le monde où, à cette époque, on fête le début de l’été. Ça, c’est la première partie de la réponse.

— Oui, mais, grand-papa, quel rapport le solstice d’été a-t-il avec la Saint-Jean ? C’est quoi la deuxième partie de la réponse ?

— Après la mort de Jésus, les premiers chrétiens ont choisi des dates pour se rappeler les personnes qui avaient été proches de lui. On a souvent choisi des jours avoisinants des fêtes importantes qui existaient déjà. Jean, le cousin de Jésus, avait été un prophète annonçant la venue de Jésus. Jean (également connu sous le nom de Jean-Baptiste) était aussi un prophète, c’est-à-dire quelqu’un avec le don d’annoncer l’arrivée prochaine de quelque chose de remarquable. On a décidé de le fêter en grand le 24 juin, près du solstice d’été, une date déjà festive.

En plus, chez les Romains, le 24 juin, c’était la fête de la déesse Fortuna, c’est-à-dire de la bonne fortune, de la chance. Il y avait aussi un proverbe qui disait “La Fortune sourit aux audacieux”. Ce n’était pas pour déplaire aux chrétiens qui osaient pratiquer leur religion bien qu’ils aient été persécutés par les empereurs romains qui ne connaissaient pas bien Jésus.

C’est comme ça qu’on fête saint Jean-Baptiste le 24 juin, au début de l’été.

— Et pourquoi nous, est-ce qu’on fête encore la Saint-Jean ?

— C’est une excellente question ! C’est important de se savoir d’où l’on vient. Ce n’est pas pour rien que la devise du Québec est “Je me souviens”.

Il y a plus de quatre cents ans, quand nos ancêtres sont venus de France et ont fondé la colonie de Nouvelle-France, ils ont apporté leurs traditions et nous en avons gardé certaines jusqu’à nos jours. Fêter la Saint-Jean, c’est l’une d’entre elles.

— Et qu’est-ce qu’il y avait dans cette tradition, grand-papa ? demande Clarisse, curieuse.

— Dans cette tradition, il y avait d’abord le feu de la Saint-Jean, un grand bûcher autour duquel les gens chantaient et dansaient une fois la nuit tombée. Dans chaque village, un prêtre bénissait le bûcher puis l’allumait.

Le long du fleuve Saint-Laurent, illuminant les berges, des feux de joie se répondaient d’un village à l’autre, de la rive nord à la rive sud, poursuit le grand-père, des étincelles dans les yeux.

Pour faire encore plus impressionnant, parfois, on tirait des coups de canon ou des salves de mousquets, les fusils de l’époque.

— Oui, mais, grand-papa, pourquoi la Saint-Jean est-elle devenue si importante ici ? Je pense que tu n’as pas terminé ta réponse.

— À cette époque, en Europe, des guerres éclataient souvent entre les rois. Quand le roi de France a perdu une de ces guerres contre le roi d’Angleterre, la Nouvelle-France est devenue une colonie britannique – on va dire une colonie “anglaise”, pour simplifier – avec une administration qui ne respectait pas toujours nos ancêtres, eux qui formaient pourtant la majorité de la population.

C’est pour toutes ces raisons qu’en 1834, le journaliste Ludger Duvernay et ses amis ont fondé le groupe “Aide-toi et le ciel t’aidera”. C’était une société patriotique, c’est-à-dire un groupe de personnes pour la défense des droits du peuple, contre le pouvoir abusif de l’administration coloniale britannique imposée par la force.

Le 24 juin 1834, lors d’un grand banquet à Montréal, ils ont prononcé des discours et ont proclamé “le peuple, source de toute autorité légitime”. C’était très audacieux pour l’époque.

Comme je viens de le raconter, on avait déjà ici la tradition de fêter la Saint-Jean-Baptiste. En 1834, Duvernay et ses amis ont décidé de la célébrer annuellement comme notre Fête nationale. Et le mouvement s’est vite répandu avec la création des Sociétés Saint-Jean-Baptiste.

— Grand-papa, tout à l’heure, tu m’as dit que la Fête nationale, c’était la fête de tous les Québécois et toutes les Québécoises. Quelle est la différence entre une fête nationale et une fête tout court ?

— Hum ! fait le grand-père, les yeux mi-clos pour mieux réfléchir. Mettons qu’une fête, ça peut se tenir à n’importe quelle occasion, quand on a quelque chose à célébrer : par exemple, le début d’une nouvelle année, l’anniversaire d’une personne ou la commémoration d’un événement historique important, comme la Journée nationale des Patriotes au mois de mai.

Chaque nation possède sa fête spéciale à elle, on appelle ça, sa fête nationale, reprend le grand-père. D’habitude, ça signifie aussi que c’est congé pour presque tout le monde, pour permettre aux gens de célébrer toute la journée, toute la soirée et même la veille. Et puis, c’est l’occasion de pavoiser avec un drapeau pour montrer sa fierté.

Voyez-vous, mes petits-enfants, la fête nationale, ça nous rappelle que c’est ici qu’on vit et ici qu’on veut vivre.

On célèbre la Saint-Jean depuis des siècles et Duvernay l’a proclamée notre Fête nationale en 1834. Depuis 1925, c’est une fête légale au Québec. Et c’est en 1977 que notre gouvernement en a fait officiellement la Fête nationale de toutes les Québécoises et tous les Québécois, pas rien que des personnes d’origine française et catholique.

 Et l’année suivante, c’est devenu un jour de congé férié au Québec.

Ça, c’est la deuxième partie de la réponse.

— Heureusement que tu leur as donné la version courte de la réponse ! » ricane la grand-mère, consciente qu’il y a bien d’autres choses à dire sur notre Fête nationale et que même tout un livre n’y suffirait pas.

François-Pierre Gingras
Extrait et adapté de son récit jeunesse « Le 24 juin, c’est Fête ! volume 1 » de la collection « C’est Fête ! » publié chez Essor-Livres en 2022, disponible chez distribulivre.com/boutique.

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