Journée internationale Nelson Mandela – Édition 2022

Journée internationale Nelson Mandela – Édition 2022

La culture et la représentation pour les héros de demain …

 

Nous célébrons la journée de Nelson Mandela et j’aimerais donc en profiter pour vous partager mon ressenti en tant que femme noire et immigrante. Je suis d’origine sénégalaise et malienne (Afrique de l’Ouest) et je suis née et j’ai grandi à Paris en France.

J’ai envie de parler culture et de sortir un peu du discours sur le racisme et la discrimination et ce, même si j’en ai vécu, et que cela reste bien évidemment un sujet d’actualité. Je veux partager avec vous l’importance et la richesse de la culture et de la représentativité.

Un des points qui m’ont beaucoup frappé lors de mon arrivée au Québec en 2014, c’est la sensation d’être l’unique représentante d’une seule et même communauté. Or, la culture noire est tellement vaste, riche, et à la fois avec tellement de ressemblances et de différences. Alors, la question « Comment c’est en Afrique ? » , je n’y réponds plus…

Ce qu’on a tendance à oublier, c’est que l’Afrique rassemble 55 pays.

Je ne parle pas « africain », mais le soninké (le dialecte de mon père), je ne mange pas les mêmes plats que ma meilleure amie qui vient du Ghana. Il est vrai que certains aliments sont communément utilisés comme le manioc, le riz, le gombo ou encore la fameuse céréale de mil… Mais, chaque pays , chaque ethnie a une façon bien propre à elle de le cuisiner. Dans certains pays, on pleure les morts , mais dans d’autres on célèbre leurs vies lors des funérailles. 

Ces différences sont la richesse de ce continent.

Au-delà des images de pauvreté qu’on voit à la télévision, moi ce que je vois quand je vais dans mon pays d’origine, ce sont des paysages à en couper le souffle, des peuples accueillants et simples, des plats épicés et savoureux. Et ce que j’aime par-dessus tout dans la culture africaine, c’est ce côté coloré, joyeux, festif, l’hospitalité, le respect des aînés, la reconnaissance, le partage, etc. En réalité, c’est simplement la vraie vie en communauté.

Ce sont des valeurs très importantes qu’on m’a inculquées dès mon jeune âge, et que j’ai pu retrouver en partie au Québec. Je trouve que ce mariage des cultures est simplement magnifique. Oui, je parle ma langue maternelle, mais je maitrise aussi très bien le français à l’écrit comme à l’oral. Cela ne m’empêche pas non plus d’être intégrée dans la société québécoise, d’avoir des amis issus d’ici et d’ailleurs, de manger une bonne Poutine ou un pâté chinois et de cuisiner un « tieb dieune» (plat national sénégalais) sur ma journée de congé, ou un gratin dauphinois pour les soupers pressés… J’aime également m’habiller en tenue traditionnelle.

Selon moi, l’un n’empêche pas l’autre et vivre avec ces deux cultures, africaine et occidentale, est une réelle plus-value…

En grandissant en France, je n’ai pas forcément eu la chance d’avoir de la représentation, de voir des gens qui me ressemblaient notamment à la télévision ou dans les institutions. Mais, je me souviens que mes parents nous parlaient très souvent de l’héroïsme de certaines personnalités noires comme : le charisme de Soudiata Keïta, souverain de l’empire du Mali, en passant par la détermination des Dahomey (ces femmes guerrières africaines) ou encore la persévérance de Nelson Mandela… Ce sont des personnalités dont on ne m’a pas parlé sur les bancs de l’école, mais à travers les récits de mes parents, j’ai enfin pu avoir des modèles à mon image, des femmes et des hommes qui me ressemblaient et qui avaient créé le changement.

Néanmoins, je pense que le modèle dont je suis la plus admirative est mon grand-père. Durant la Seconde Guerre mondiale, il a été forcé de combattre pour la France (à l’époque le Sénégal était une colonie française). Je n’ai jamais connu mon grand-père, il est décédé quelques mois avant ma naissance, mais le fait de savoir qu’il a fait partie de ce qu’on appelle « les tirailleurs sénégalais » me rend extrêmement fière, et malgré le fait que leur contribution à la guerre n’a été reconnue que très récemment par le gouvernement français, il est mon Héros !

Tous ces aspects, les défis que j’ai rencontré en tant qu’immigrante, le racisme que j’ai pu également vivre m’ont conduit à créer l’organisme « Communauté BlackEstrie » qui a pour mission de faire la promotion de la culture noire dans la région de l’Estrie.

Nous organisons des activités dans le cadre de l’Histoire des Noirs, et à travers notre émission « Personne n’en parle », qui est diffusée sur MaTV Sherbrooke et MaTV Granby, nous recevons des invités issus de la diversité et nous abordons des sujets d’actualité et de société comme le colorisme, le deuil périnatal, etc. Nous parlons également des parcours inspirants, comme lorsque nous avons reçu Xavier Jourson, premier athlète noir à réaliser le Triathlon de Norsmann en Norvège en août prochain, ou encore Joël Ntambue célèbre chef cuisinier à Montréal.

La représentativité est primordiale dans la construction, et le cheminement de soi… Et, ce n’est pas le travail d’une communauté en particulier, c’est un travail de société, en donnant des opportunités à tous et toutes, comme aujourd’hui, en me permettant de m’exprimer…

Notre belle région de l’Estrie est riche en différentes cultures, et les célébrer tout au long de l’année permet de forger nos héroïnes et héros de demain avec des inspirations issues de toutes les couleurs, et, surtout, elle va permettre de pérenniser cette si belle harmonie que nous avons dans notre région tout en préservant l’histoire et le patrimoine québécois, car c’est ça la mixité.

Aïssé Touré,
Infirmière clinicienne au CIUSSE de l’Estrie-Chus et Fondatrice de l’organisme « Communauté BlackEstrie »

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