Décès de Jeanne Mance – 18 juin 1673

Jeanne Mance, une Française née en 1606, est un personnage hors norme dans l’histoire du Québec.

  1. La fondation de Ville-Marie (Montréal)

Célibataire et laïque, elle est choisie par les associés d’un important administrateur du roi, Jérôme Le Royer de La Dauversière, membre de la Société Notre-Dame de Montréal, pour préparer en 1641 une expédition avec Paul Chomedey de Maisonneuve en vue de fonder un établissement sur l’Île de Montréal qui portera le nom de Ville-Marie, en l’honneur de Marie, mère de Jésus.

 

Soulignons d’abord que le site de Montréal se nommait alors Hochelaga et était peuplé d’Iroquois jusqu’au début du 17e siècle. La mission que s’était donné les Français étaient de convertir et de sédentariser les autochtones qui vivaient en périphérie.  Pour ce faire, le premier contingent d’une cinquantaine de Français  comptait des prêtres-missionnaires, des artisans, des colons, un chirurgien. Et c’est Jeanne Mance qui avait été choisie pour mener à bien cette mission. Cette mission avait été qualifiée de « folle entreprise » par le gouverneur de Québec, Huault de Montmagny,  et malgré cet avertissement, c’est au printemps de 1642 que fut fondée Ville-Marie.

 

  1. La fondation de l’Hôtel-Dieu

En plus de gérer le projet d’établissement de la petite colonie, Jeanne Mance devait mettre en place des services de soin de santé tant pour les artisans et les colons français que pour les Hurons qui s’étaient alliés aux Français . Grâce aux subventions que lui avait consenti une riche dame de l’aristocratie française, madame de Bullion, elle fit construire l’Hôtel-Dieu qui ouvrit ses portes en 1645. Ce premier hôpital étant devenu trop petit puisqu’il ne pouvait recevoir que huit personnes, soit six hommes et deux femmes, elle entreprit en 1654 le projet d’agrandissement permettant non seulement d’accueillir plus de malades, mais aussi de  loger à partir de 1659, les sœurs Hospitalières qui allaient oeuvrer auprès des malades.

 

  1. Une mission qui suscite des conflits avec les Iroquois

Le peuple Haudenosaunee (Iroquois) allié des Hollandais et des Anglais et voulant profiter du commerce des fourrures, avait réussi à chasser les Hurons qui étaient installés à Sainte-Marie-aux Hurons située dans la région des Grands-Lacs.  Les Iroquois décidèrent de s’attaquer ensuite aux établissements français situés le long du St-Laurent, dont celui de Ville-Marie qui n’était défendue que par 17 miliciens qui ne faisaient pas le poids contre les 200 guerriers iroquois.  Le découragement s’était emparé de la petite communauté française et de son gouverneur De Maisonneuve. Encore une fois,  grâce à ses « contacts » auprès de sa bienfaitrice madame de Bullion,  Jeanne Mance réussit à faire venir suffisamment de soldats pour protéger la petite colonie de Ville-Marie et à persuader les Français à ne pas la quitter.

 

  1. La gouvernance de Ville-Marie change de mains

Les Associés de la Société Notre-Dame de Montréal durent cesser leurs activités faute de relève en 1662.  Les Sulpiciens (Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice) prirent la relève en devenant les seigneurs de l’Île de Montréal et on demanda en 1665 à monsieur De Maisonneuve de retourner en France après 24 ans de services.  Cette année-là, le roi Louis XIV avait décidé de prendre en main la gouvernance de la Nouvelle-France.  Jeanne Mance continua d’oeuvrer dans son hôpital malgré son état de santé qui la tenaillait.  Elle s’éteignit le 18 juin 1673, huit ans après le départ précipité et imprévu du cofondateur, Paul Chomedey de Maisonneuve.

 

  1. Une femme d’exception

L’oeuvre de Jeanne Mance est immense.  Son sens des « affaires » et la vision qu’elle avait quant à la gestion de l’établissement de Montréal couplée à la mise en place d’un hôpital assurant des services de santé tant aux colons français qu’aux membres du peuple Huron-Wendat, font de madame Mance une figure de proue dans l’histoire de Montréal et du Québec.

 

Luc Guay, Ph.D
Professeur retraité de l’Université de Sherbrooke

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2e trimestre 2023