Le journal « Le Canadien » – 22 novembre 1806

Un journal pour défendre les intérêts des Canadiens français

Lorsque le député Pierre-Stanislas Bédard participe à la fondation du parti Canadien en 1804, il avait déjà une longue expérience de la joute politique puisqu’il avait été élu en 1792, suite à la mise en place de l’Acte constitutionnel voté par Londres en 1791. Et c’est le 22 novembre 1806 qu’il fonde, à Québec, avec des collègues députés et autres amis, le journal Le Canadien afin de défendre les intérêts des Canadiens français face aux objectifs d’assimilation promus par les membres de la Clique du Château. La Clique du Château est l’expression pour désigner les commerçants britanniques et les membres des Conseils législatif et exécutif, proches du Gouverneur général et qui géraient le territoire nouvellement conquis, selon leurs intérêts.  Le journal, publié de façon hebdomadaire, se voulait une contrepartie du journal anglophone Quebec Mercury, fondé en 1805, justement pour promouvoir les intérêts britanniques de la Clique du Château.

 

Un journal contestataire

Les articles du journal contestaient certaines dispositions de l’Acte constitutionnel ainsi que les agissements haineux des membres de la Clique du Château envers les Canadiens. Ces contestations indisposèrent le Gouverneur Craig : il fit saisir non seulement les presses et les copies du journal du jour, mais il fit emprisonner en 1810 son rédacteur en chef Bédard, son imprimeur, ainsi qu’une vingtaine de ses collaborateurs dont certains ne furent relâchés que cinq mois plus tard.

Le journal ne reprit ses opérations qu’en 1817 grâce au neveu de Bédard, soit Laurent Bédard, qui dut toutefois mettre fin à la publication en 1819. Le journal fit des allers-retours fréquents entre ouverture et fermeture jusqu’en 1831, pour des raisons financières. Puis, sous la gouverne du député Étienne Parent, le journal fut publié trois fois par semaine et continua de défendre les idéaux du parti Patriote (le parti Canadien change de nom en 1826 pour celui de Patriote). Jusqu’en 1842, Étienne Parent défendit l’idée de l’obtention d’un gouvernement responsable tel que proposé par Louis-Joseph Papineau, chef du parti Patriote, mais était contre le radicalisme de certains militants du parti, qui n’hésitaient pas à prôner des actes de légitime défense contre les attaques des militants du groupe paramilitaire, le Doric Club, tolérées par le Gouverneur général.

 

Un journal qui prend ses distances du parti Patriote

Le journal Le Canadien en vint à diverger des deux autres journaux propatriotes, soit La Minerve, fondé en 1826, et le Vindicator, fondé en 1828, qui n’hésitaient pas à soutenir l’aile radicale du parti.

Parent démissionna de son poste en 1842 pour joindre le parti Réformiste de Louis-Hyppolite Lafontaine et de Robert Baldwin, qui avaient accepté l’idée du projet d’Union du Haut et du Bas-Canada en 1840.

Le journal prit alors une tendance conservatrice et fut publié quotidiennement à partir de 1874 pour fermer définitivement en 1893.

 

Enfin, il est encore possible de consulter les numéros du journal Le Canadien sur le site de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec: bonne lecture!

 

Luc Guay, Ph. D.

Professeur retraité de l’Université de Sherbrooke

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4e trimestre 2021