L’Idéal démocratique des Patriotes de 1837-1838

En 1791, quand l’Angleterre vota l’Acte Constitutionnel qui divisa sa nouvelle colonie en deux, soit le Haut et le Bas-Canada, Chambre d’Assemblée composée de députés élus par la population. La population pouvait enfin former des partis politiques qui défendraient ses intérêts. Ces espoirs furent déçus, alors que le gouverneur général nommé par le Parlement de Londres nommait les membres des Conseils législatif et exécutif qui avaient pour mission d’accepter ou de refuser les lois proposées par les députés.

 

De plus, le gouverneur général avait droit de véto sur tout ce qui lui était présenté. Ainsi, pendant plus de 40 ans, les députés se butaient sur les refus des différents gouverneurs ainsi que des membres des Conseils législatif et exécutif. C’est pourquoi ils rédigèrent en 1834 les « 92 Résolutions », qui contenaient les revendications des députés du Parti Patriote. Leurs principales revendications pourraient se résumer en trois points majeurs :

  1. Abolition du droit de véto du gouverneur général.
  2. L’élection des membres des Conseils exécutif (les ministres de l’époque) et législatif.
  3. Accès aux Canadiens-français à la fonction publique.

 

La réponse de Londres aux 92 Résolutions fut négative: les 10 Résolutions Russel mîrent le feu au poudre, car en plus de réitérer le droit de véto du gouverneur général, elles lui donnaient encore plus de pouvoirs en affirmant qu’il pourrait désormais se passer du consentement des députés pour voter les subsides servant à défrayer les coûts de l’administration de la colonie… Londres ajouta qu’il n’était pas question de rendre les Conseils législatif et exécutif électifs, et songeait à unir les deux colonies du Haut et du Bas-Canada afin de réduire le poids de la majorité canadienne-française. Le gouverneur Gosford en profita pour interdire toute assemblée publique ce qui ne fit que de les rendre encore plus « populaires » comme on l’a vu dans les villages de Saint-Ours et Saint-Charles, où de telles assemblées regroupaient entre 1000 et 5000 personnes!

 

Devant cette « bravade » de la part des Canadiens de l’époque, et devant la stratégie adoptée par leurs chefs dont Louis-Joseph Papineau et Wolfred Nelson qui proposaient le boycottage des produits britanniques afin de ne pas payer de taxes sur ces produits importés de Grande-Bretagne, Gosford proclama un mandat d’arrêt contre les principaux chefs patriotes dont Papineau.

 

Une troupe de soldats britanniques se rendit le 23 novembre 1837 à Saint-Denis pour les capturer, mais les chefs patriotes furent défendus par les habitants qui repoussèrent les soldats britanniques. La revanche britannique s’exprima deux jours plus tard au village voisin de Saint-Charles où les troupes britanniques l’emportèrent facilement sur les troupes patriotes, mal équipées et mal préparées. Puis, en décembre, à Saint-Eustache, les troupes britanniques vainquirent à nouveau les troupes patriotes. Le commandant John Colborne fit dévaster les villages de Saint-Eustache ainsi que celui de Saint-Benoit afin de réprimer ces insurrections.

 

Plusieurs des chefs de cette première insurrection se rendirent aux États-Unis afin de ne pas être capturés, puis de préparer une seconde invasion au début de l’année 1838 : une organisation secrète, les Frères Chasseurs avaient même été mise sur pied, comptant environ 1000 miliciens Patriotes. L’attaque devait se produire plus tard en novembre 1838, mais cette seconde insurrection fut aussitôt mâtée. La Constitution de 1791 fut suspendue et Londres dépêcha Lord Durham afin d’enquêter sur les événements et proposer une solution durable. Londres refusa d’accorder le principe de responsabilité ministérielle et mit plutôt à exécution sa proposition d’unir le Haut et le Bas-Canada, afin de mette en minorité les Canadiens-français.

 

Enfin, soulignons que 12 Patriotes furent pendus à la prion du Pied du Courant à Montréal, entre 1838 et 1839 (une vingtaine le fut aussi dans le Haut-Canada), et des centaines de prisonniers croupirent pendant plusieurs mois dans les prisons de Montréal. Quant à Papineau, il revint d’exil après l’amnistie déclarée par Londres en 1844 pour les 58 exilés d’Australie et des États-Unis.

 

Le Comité estrien de la Journée nationale des Patriotes organisera en novembre prochain une exposition qui portera sur les revendications des Patriotes de 1837-1838, et ce, grâce au soutien du MNQ et de la SNE. Vous pouvez visionner le diaporama qui a été réalisé en prévision de cette exposition sur la page Facebook du Comité :

 

Lien vers le diaporama

 

Luc Guay, Ph. D, didactique de l’histoire

Professeur retraité de l’Université de Sherbrooke

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Commémorations annuelles