Naissance d’Henri Bourassa – 1868

  1. Sur les traces de son grand-père Louis-Joseph Papineau

Petit-fils de Louis-Joseph Papineau, Henri Bourassa est né à Montréal en 1868. Après avoir poursuivi des études à l’École Polytechnique de Montréal et au Collège de la Sainte-Croix  à Worcester, Massachusetts, il fut élu maire de Montebello en 1890 à l’âge de 22 ans. En 1896, il fut élu comme député libéral indépendant à Ottawa et y demeura jusqu’en 1907 pour devenir député à Québec entre 1908 et 1912.  Il retourna à Ottawa comme député entre 1925 et 1935.En plus d’être un grand journaliste et un grand éditeur comme fondateur du journal Le Devoir en 1910, il fut aussi un leader politique canadien-français et un tribun populaire de premier plan en fondant en 1903 La Ligue nationaliste, un parti politique anti-impérialiste.  

  1. Porte-voix des revendications des francophones du Canada

De tous les combats politiques de la fin du 19e siècle et du début du 20e, il joua un rôle central dans la définition de l’identité nationale du Canada en tant que partisan d’une plus grande autonomie canadienne. Opposé à la politique impérialiste britannique, il plaida sans relâche pour que le gouvernement canadien définisse ses politiques dans l’intérêt national du Canada. Par ailleurs, il  définit la réponse unanime de la population francophone du Québec à l’exécution de Louis Riel (1885), milita en faveur de la défense des francophones dans la question des écoles du Manitoba (1890 et 1896), s’opposa à la guerre contre les Boers en Afrique du Sud (1899-1902), s’objecta au développement d’une marine canadienne (1909-1913) et combattit le règlement 17 de 1912 concernant les écoles francophones en Ontario. Ses attaques virulentes vis-à-vis le Canada anglais eurent comme effet d’épuiser le gouvernement de Wilfrid Laurier qui perdit les élections de 1911.

  1. Le Canada n’est-il qu’une colonie aux yeux de l’Angleterre?

Avec la Première Guerre mondiale, les opinions de Bourassa se cristallisèrent davantage. Alors que ses adversaires anglophones peinturaient Henri Bourassa comme étant déloyal et lâche pour son opposition à une « noble croisade », ce dernier affirmait que la politique impérialiste visait à réduire le Canada en un simple vassal et à détruire le Canada français. Son combat inlassable en faveur des droits francophones hors Québec provoqua durant la Première Guerre mondiale l’ire des anglophones qui y virent une insensibilité devant  un conflit généralisé. Mais en fait, son cri retentissant pour la liberté et l’égalité des francophones au Canada révélait les contradictions des anglophones devant cette vérité inconfortable.

Ayant étudié aux États-Unis, il partageait avec les Américains des vues pacifiques et en faveur de la neutralité. Ultramontain (adhérant à la théorie de la primauté de l’Église sur l’État) convaincu, il considérait la Première Guerre mondiale comme étant un conflit moralement répréhensible et soutenait les appels à la paix lancés par le pape Benoît XV. De plus, il devint ulcéré par les pertes humaines causées par la guerre. Face à la censure imposée par Ottawa et horrifié par les émeutes de Québec, il choisit de se taire. Le Québec perdit alors une de ses voix dominantes à un moment crucial de son histoire.    

  1. Contesté pour certaines de ses idées

Adhérant de plus en plus à des idées réactionnaires, Bourassa s’opposa farouchement au suffrage féminin.  Il s’avéra aussi un important adversaire de l’immigration juive comme la plupart des politiciens de l’époque. Par ailleurs, il devint de plus en plus contesté par la nouvelle génération de nationalistes à partir de 1920 dirigée par le chanoine Lionel Groulx. Il prend sa retraite en 1935 et meurt en 1952.

 

Gilles Vandal
Ph. D. en histoire
Professeur émérite de l’Université de Sherbrooke

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3e trimestre 2023