L’année 1976 a marqué non seulement l’histoire sportive, mais aussi l’accession du Québec à une visibilité internationale sans précédent.
- Une organisation longue et coûteuse
L’honneur d’organiser les 21e Jeux olympiques de l’ère moderne fut accordé à la ville de Montréal en 1970. Le maire Jean Drapeau ne disposait alors que de six ans pour mettre en place l’ensemble des installations, notamment le stade olympique et sa tour, selon les plans de l’architecte Roger Taillibert, le vélodrome, la piscine et le village olympique.
Les enjeux étaient considérables. Les nouvelles technologies de construction, les retards causés par les conflits de travail et une planification déficiente du comité organisateur ont fait exploser les coûts du projet, qui ont dépassé de plus de trois fois les prévisions initiales, pour atteindre environ 1,5 milliard de dollars. Le rapport d’enquête du juge Malouf a d’ailleurs blâmé le maire Drapeau et son équipe pour ces dépassements de coûts.
- La cérémonie d’ouverture
La cérémonie du 17 juillet fut grandiose. 68 000 spectateurs avaient pris place au stade pour acclamer les 6 000 athlètes représentant 92 nations. La mascotte des Jeux, Amik, le castor emblématique du Canada, évoquait à la fois l’ardeur au travail et la collaboration entre les Premières Nations et les premiers Européens dans le commerce des fourrures.
Les polémiques entourant le boycott de 25 nations, pour des raisons politiques ou économiques, étaient bien présentes. La présence policière avait été renforcée, notamment à la suite des Jeux de Munich de 1972, marqués par la prise d’otage et l’assassinat de onze athlètes israéliens et la mort de cinq des huit terroristes palestiniens. Cette tragédie avait conduit au déploiement de 16 000 policiers, pour un coût de 100 millions de dollars.
Enfin, l’ouverture des Jeux fut proclamée par Élisabeth II… reine du Canada, puis par Pierre Elliott Trudeau, premier ministre du pays, avant l’intervention de Jean Drapeau, maire de Montréal. L’absence du premier ministre du Québec, Robert Bourassa, fut remarquée. Il faut rappeler qu’il avait écarté Jean Drapeau de l’organisation des Jeux quelques semaines avant l’ouverture.
- La saga des droits télévisés
Les Jeux de Montréal ont aussi contribué à l’augmentation des coûts liés à la télédiffusion. D’abord, le réseau américain ABC proposa au comité organisateur 23 millions de dollars, soit une hausse de 85% par rapport aux Jeux de Munich de 1972. En Europe, les négociations avec les grands diffuseurs aboutirent à une entente de 9,5 millions de dollars, alors que les offres initiales s’élevaient à 8,5 millions de dollars et que le comité d’organisation réclamait 18 millions de dollars.
Le gouvernement québécois avait finalement contracté un emprunt sur 30 ans pour couvrir les coûts des Jeux de Montréal, dette qui fut entièrement remboursée en 2006 grâce à la taxe sur le tabac. Quatre mois plus tard, le Parti Québécois remporta sa première élection !
Luc Guay, Ph. D.
Professeur retraité de l’Université de Sherbrooke
