1. De France à la Nouvelle-France
Né en France en 1618, Guillaume Couture arrive en Nouvelle-France vers 1639 au service des Jésuites. Il agit comme « donné », un laïc engagé par contrat pour accomplir divers travaux — domestiques, artisanaux ou logistiques — au service des missionnaires.
Il participe à une première expédition en Huronie (région du lac Huron), escortant un convoi de Jésuites dans leurs missions auprès des Autochtones. Il s’occupe alors du transport des provisions, de la navigation en canot et de l’apprentissage des langues autochtones. Engagé pour une durée indéterminée et un salaire modeste, il reçoit en échange logement, nourriture et vêtements de la part de la communauté religieuse.
2. Capturé et adopté par les Iroquois
Lors d’une mission en territoire iroquois, Guillaume Couture est capturé par les Agniers (Iroquois) en 1642. Selon la coutume, ils le soumettent à la torture, mais, admirant son courage, ils finissent par l’adopter. Cette période le familiarise avec la langue, les coutumes et la culture iroquoises, un savoir qui lui sera précieux par la suite.
Libéré en 1645 lors d’un échange de prisonniers, il devient rapidement un interprète et un médiateur essentiel pour les autorités coloniales. Le gouverneur Montmagny, cherchant à établir une paix durable avec les Iroquois, s’appuie sur son expertise. Couture contribue à la signature du traité de paix entre Français et Iroquois en 1645, qui sécurise temporairement les routes commerciales des Hurons, alliés des Français.
Cependant, la paix reste fragile : entre 1648 et 1650, les Iroquois détruisent la Huronie. Sur environ 30 000 Hurons, à peine le tiers survivent grâce à l’aide des Français et des Pétuns.
3. Le premier colon permanent à Lévis
À la suite de la paix de 1645 conclue aux Trois-Rivières, Guillaume Couture s’établit à la Pointe-Lévy (auj. Lévis) sur une terre concédée honorifiquement par le gouverneur Montmagny en reconnaissance de ses services. En 1647, il s’y installe de façon permanente sur la seigneurie de Lauzon, alors encore peu développée. Il devient ainsi le premier colon à occuper durablement ce territoire, défrichant un lot de cinq arpents sur quarante. Fidèle aux obligations seigneuriales, il y construit sa maison et ses dépendances et entreprend de mettre la terre en valeur.
4. Un homme dévoué à sa communauté
Guillaume Couture épouse Anne Aymard en 1649 ; le couple donnera naissance à dix enfants entre 1650 et 1670.
Toujours animé par le goût de l’aventure, il participe entre 1657 et 1665 à plusieurs missions d’exploration au nord du Saint-Laurent. Ces expéditions visent à reconnaître le territoire et à établir des relations pacifiques avec les nations autochtones qui l’habitent. Grâce à sa connaissance des langues et des cultures autochtones, Couture joue un rôle clé dans le maintien du dialogue entre Français et Premières Nations.
Au fil des années, il exerce de nombreuses fonctions : capitaine de milice, juge de paix, greffier, et même membre d’assemblées du Conseil souverain. Ces responsabilités font de lui l’une des figures marquantes de la seigneurie de Lauzon. Lors du recensement de 1666-1667, il possède 40 arpents défrichés, un fusil, 186 bêtes et 50 moutons.
5. Sa mémoire
Guillaume Couture s’éteint en 1701 à l’âge vénérable de 83 ans. Ironiquement, le lieu exact de son inhumation demeure inconnu — un mystère pour un homme aussi essentiel à l’histoire de Lévis.
Luc Guay, Ph. D.
Professeur retraité de l’Université de Sherbrooke
