Le 18 juin 2011, à la basilique Notre-Dame de Montréal, le Québec disait adieu à l’un de ses artistes cultes, Claude Léveillé auteur-compositeur interprète et comédien. Il avait 78 ans. C’est son ami et collaborateur de longue date le pianiste André Gagnon qui sera au piano pour interpréter notamment « Soir d’hiver ». Le cercueil drapé du drapeau fleurdelysé sortira de la basilique au son de sa plus célèbre chanson Frédéric.
Claude Léveillé a composé plus de 400 pièces de musique. Assez étrangement malgré qu’il ait été le fils d’une pianiste et d’un chanteur, il ne savait pas écrire les partitions de ses compositions. D’ailleurs, sa carrière a débuté non pas comme musicien mais comme comédien. Il créera notamment en 1956 le personnage Clo-Clo dans l’émission pour enfant « Domino » à Radio-Canada. Sous les conseils de son ami Paul Buissonneau il aura une carrière intéressante comme comédien. À titre d’exemple nommons la série télévisée Scoop à la télévision de Radio-Canada de 1991 à 1994.
Le génie de Claude Léveillé se révèlera surtout comme auteur-compositeur et interprète. Il participe à la fondation en 1959 avec notamment Jean-Pierre Ferland et Raymond Lévesque de la boîte à chanson « Les Bozos ». C’est là qu’un soir apprès avoir interprété sa chanson « Les vieux pianos » dans l’assistance, une petite femme, debout, se mit à applaudir vigoureusement, c’était Édith Piaf. Comme le raconte Léveillé, Piaf allait littéralement le réquisitionner pour qu’il lui compose plusieurs chansons dont « Boulevard du crime » et « Le vieux piano ». Cette année passée à Paris dans l’appartement de Piaf sera certes enrichissante musicalement mais aussi difficile car il se disait presque prisonnier de Piaf sans en être l’amant.
Jusque dans les années 1970 il qualifie sa musique de romantique. Par la suite jusqu’au début des années 80 il fera des chansons plus engagées comme « Les fils de la liberté » « Les yeux de la faim ». Il se définit alors comme rebelle et indépendantiste. En 1976, il participe au fameux spectacle de la Saint-Jean-Baptiste « Une fois cinq » qui a rassemblé plus de 300 000 spectateurs sur le mont Royal et plus de 100 000 à Québec
En 1980, le fils unique de Claude Léveillé, Pascal, se suicide. L’une des conséquences de cette tragédie c’est une voix moins juste, plus difficilement maitrisable. Il composera alors des albums plus instrumentaux ou encore il dira ses paroles plutôt que de les chanter et se joindra à d’autres chanteurs ou chanteuses.
Léveillé écrira plusieurs pièces musicales pour le théâtre et la télévision. Il collaborera étroitement avec Marcel Dubé en composant notamment la très belle pièce « Un retard » qui deviendra le thème de la série « Le monde de Marcel Dubé »
En 1964, Claude Léveillé sera le premier chansonnier québécois à se produire seul à la Place des Arts. Il participera à de nombreuses tournées internationales. En France bien sûr mais aussi par exemple en URSS, en Belgique, en Suisse et en Algérie. Claude Léveillé recevra plusieurs décorations dont : la « Légion d’honneur française » l’Ordre du Canada, l’Ordre nationale du Québec. Il est aussi au Panthéon des Auteurs et Compositeurs canadiens.
Claude Léveillé se définissait comme un grand rêveur et force est d’admettre qu’il a su nous faire rêver. Il aimait citer les paroles de Virginia Wolf : « La vie est un long rêve ce n’est que la mort qui nous réveille ».
Pierre Binette, Ph.D
Professeur retraité de l’Université de Sherbrooke
