- L’Idée américaine d’envahir le Canada
La volonté des patriotes américains de s’emparer du Canada se manifesta dès les premières batailles qui eurent lieu en avril 1775 à Concorde et à Lexington contre les troupes britanniques. Des miliciens américains dirigés par Ethan Allen et Benedict Arnorld s’emparèrent en mai du fort Ticonderoga sur le lac Champlain, ouvrant ainsi la voie à l’invasion du Canada. Dès après, le Second Congrès Continental autorisa la mise sur pied de deux expéditions pour assurer la conquête du Canada.
Les révolutionnaires américains poursuivaient alors plusieurs objectifs. En plus de vouloir rallier les Canadiens-Français à la cause américaine et de chasser les Britanniques de la vallée du Saint-Laurent, la conquête du Canada empêcherait les Britanniques d’attaquer les Treize Colonies par le nord. De plus, elle priverait les Britanniques du commerce des fourrures tout en garantissant un approvisionnement en blé canadien pour nourrir les Américains.
- Montréal et Québec sont visés
Selon le plan américain, une première expédition, forte de 1100 miliciens et commandée par le général Benedict Arnold, ciblait Québec en provenance du Maine et en remontant la rivière Chaudières. Après avoir perdu une forte proportion de ses troupes, Arnold réussit à atteindre les plaines d’Abraham à la mi-novembre et demanda la reddition de la ville. Mais manquant de ressources et de troupes, Arnold essuya un refus et dut attendre l’arrivée de la seconde expédition. Cette dernière, composée de 1600 miliciens et dirigée par le général Richard Montgomery, passa par le Lac Champlain et remonta la vallée du Richelieu pour s’emparer de Montréal à la mi-novembre. Laissant un fort contingent à Montréal, Montgomery marcha ensuite avec le reste de ses troupes sur Québec. Il rejoignit les miliciens d’Arnold à la fin décembre 1775.
À l’été 1775, les Britanniques ne disposaient que de 775 soldats réguliers pour défendre tout le Canada, dont 300 étaient stationnés à Québec. Les forces américaines disposaient donc temporairement d’un avantage numérique certain. Toutefois, le gouverneur Guy Carleton, échappant de peu à la capture lors de la chute de Montréal, réussit à gagner Québec et s’empressa d’organiser la défense de la ville. Il mobilisa alors toutes les forces disponibles dans la vallée du St-Laurent, soit 70 Royal Fusiliers, 230 soldats du Lieutenant-Colonel Allan McLean, 330 miliciens britanniques, 480 marins de la flotte britannique et 543 miliciens canadiens-français du Colonel Noel Voyer. Face aux 1675 miliciens américains devant Québec, Carleton pouvait ainsi opposer à la fin décembre un nombre similaire, soit plus de 1650 défenseurs. En plus de jouir de la protection des remparts, Carleton bénéficiait aussi de la puissance de feu de canons lourds installés sur les fortifications de la ville.
- Québec résiste à l’invasion
Lorsque les troupes combinées américaines lancèrent leur attaque sur Québec le 31 décembre 1775, celle-ci s’avéra rapidement une action désespérée : d’importantes chutes de neige venaient brouiller leurs plans. Alors que les miliciens de Montgomery attaquaient via la rive sud, ceux d’Arnold menaient l’assaut sur le côté nord-est de Québec. Les canons de Québec repoussèrent les troupes de Montgomery par un feu nourri durant lequel Montgomery fut tué. Entre-temps, les soldats d’Arnold réussirent à percer les remparts et à pénétrer dans la ville. Toutefois, une contre-attaque des soldats de MacLean les repoussèrent, capturant ceux encore dans la ville. Québec demeura ainsi sous le contrôle des Britanniques. Carleton poursuivit ensuite les miliciens américains en retraite vers le Lac Champlain.
Décidément, les patriotes américains avaient sous-estimé la loyauté canadienne, moussée par la proclamation de l’Acte le Québec en 1774. L’échec de cette tentative d’invasion représenta la première grande défaite des Américains durant la guerre d’Indépendance. Plus encore, cela assura la survie du Canada comme une entité politique distincte des États-Unis, car les Britanniques s’empressèrent ensuite de stationner d’importantes troupes durant toute la guerre de la Révolution américaine (1776-1783).
Gilles Vandal, Ph.D
Professeur émérite retraité de l’Université de Sherbrooke
