Louise Arbour est nommée procureure en chef du Tribunal international de La Haye – 1996

Louise Arbour
  1. Observations générales

Louise Arbour est née le 10 février 1947 à Montréal.  Elle est reconnue au Canada et à l’échelle internationale comme l’une des personnalités s’étant le plus démarquée dans les domaines de la défense des droits humains, de la justice internationale et comme participante active à la création de normes internationales dans le domaine des droits et libertés. 

Dans le cadre d’une entrevue avec Patrice Roy en 2022 à Radio-Canada elle dira que le fil conducteur de ses actions tout au long de sa carrière sera la défense de l’État de droit et la lutte contre les abus de pouvoir de l’État.  Elle affirmera que l’évènement déclencheur qui l’amènera à réfléchir et à agir pour protéger l’État de droit et ses possibles abus a été la Loi sur les mesure de guerre d’octobre1970.

  1. Ses premières démarches

Juriste de formation, membre du barreau du Québec et de celui de l’Ontario elle débute sa carrière comme professeure en 1974 à l’Osgoode Hall Law School de l’université York. En 1987 elle est nommée juge à la Cour suprême de l’Ontario.  En 1990, elle sera nommée juge à la Cour d’appel de cette province.  L’un des premiers mandats qui orientera sa carrière dans le domaine des droits de la personne et dans le développement critique des agissements de l’État sera sa nomination par le gouvernement du Canada en 1996 comme présidente de la Commission d’enquête sur certains événements survenus à la Prison des femmes de Kingston.  La commissaire, élabore une critique des conditions de détention des femmes qui ont menés à l’émeute d’avril 1994 et formule de nombreuses recommandations.  Le pragmatisme qui marquera la carrière de Louise Arbour ressort clairement du rapport.

  1. La carrière internationale.

En 1996 Louise Arbour sera nommée par le Conseil de sécurité de l’ONU, Procureure générale pour les Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-yougoslavie et le Rwanda. Elle sera responsable de l’inculpation du président de la Serbie Slobodan Milosévic pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide.  En 1999 elle quitte son poste pour accepter sa nomination par le premier ministre Jean Chrétien comme juge à la Cour suprême du Canada.

Cette pose dans sa carrière internationale sera de courte durée puisqu’en juillet 2004 elle est nommée au poste de Haute-commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies.  Elle fera un mandat de quatre ans. Elle est particulièrement préoccupée par la marginalisation du pouvoir judiciaire dans les sociétés occidentales notamment aux États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Au nom de la lutte au terrorisme l’État s’autorise des violations des droits civiles et politiques. Les critiques de Louise Arbour ne sont pas très appréciés des États occidentaux visés par celles-ci.  Elle est aussi très critique des violences perpétrées par Israël à l’encontre du Liban et des Palestiniens. Mais ce qui retient le plus son attention c’est le conflit au Darfour. Dans sa perspective, les ONG sont ses principaux alliés dans la dénonciation des crimes de guerre perpétrés dans cette région. Elle dénonce également le soutien du régime rwandais de Paul Kagame au Mouvement du 23 mars qui aurait perpétré nombre de crimes de guerre au Kivu en République démocratique du Congo.  Elle dénoncera aussi le non-respect des droits humains en Russie, en Chine et à Cuba. 

Après son départ le 30 juin 2008 du HCDH de l’ONU elle deviendra Présidente de l’ONG International Crisis Group.  En 2017 elle sera nommée par A. Guterres Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour le Pacte mondial sur les migrations. 

Au cours des dernières années elle a été responsable en 2020-2021 de l’Examen indépendant sur l’inconduite sexuelle dans les Forces armées du Canada. Elle est aussi membre de la Global Commission on Drug Policy et elle siège au Conseil d’administration de l’importante fondation Mastercard qui œuvre au niveau international.

  1. Distinctions. 

Pour terminer, mentionnons qu’elle s’est vu décerner par 27 doctorats honorifiques sans compter  nombres de médailles et d’honneurs comme celui de Commandeur de la Légion d’honneur en France. 

 

Pierre  Binette, Ph.D
Professeur retraité de l’Université de Sherbrooke

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1er trimestre 2026, Régime canadien