Stéphane Dion expose le Plan B – 1996

Plan B Stéphane Dion

La très courte victoire du NON en 1995 a provoqué à Ottawa un vent de panique. Que faire pour empêcher que le Canada ne se brise? La réponse d’Ottawa, formulée dans les premiers jours de 1996, était du style « bon cop, bad cop », aussi nommé « plan A et plan B ». Dans le premier cas, on amadouait le Québec en formulant quelques concessions, plus symboliques que réelles; dans l’autre cas, on sortait l’arsenal : « Si le Canada est divisible, le Québec l’est aussi. » C’est la sortie de Stéphane Dion le 2 février 1996. Et le 5 février, dans tous les journaux, paraît un long texte de Pierre Elliott Trudeau intitulé « Bouchard a menti aux Québécois ».
J’avais assez bien connu Stéphane Dion à l’Université de Montréal. J’y faisais mon doctorat au milieu des années 1980 et lui arrivait comme jeune professeur de science politique. Au début, j’étais surtout impressionné par le fait qu’il était le fils de Léon Dion, un intellectuel de premier plan, dont j’avais dévoré l’ouvrage majeur Société et politique : la vie des groupes. Mais peu à peu, j’ai trouvé des occasions d’échanger avec le fils. Rapidement s’imposait un échange sympathique mais coriace, logique, qui ne manquait pas de profondeur. Quand il a quitté l’Université pour faire le saut sur la scène fédérale au lendemain du référendum de 1995, il s’est imposé comme celui qui allait tenir la ligne dure à l’endroit du nationalisme québécois et de la volonté des souverainistes.
Je n’ai pas retenu la date précise, mais je me souviens de l’avoir invité à l’Université de Sherbrooke pour expliquer son plan B à mon groupe. La salle était bondée. Les jeunes l’attendaient de pied ferme. À l’entrée de la faculté, je guettais son arrivée, m’attendant à le voir entouré de gardes du corps. J’ai dû être distrait, mais c’est lui qui s’est approché de moi en me disant : « Salut Jean-Herman, merci de l’invitation. » Il était seul, avec un sac d’écolier, une canadienne sur le dos et la gentillesse que je lui connaissais. Et devant l’auditoire attentif mais très critique, il a défendu avec vigueur son plan.
L’idée du morcellement du territoire était considérée comme une hérésie par plusieurs constitutionnalistes. Le gouvernement du Québec répondait avec force à ces menaces. Que l’Outaouais ou le West Island puissent se séparer du Québec était, à mes yeux, ridicule. Quand il était question des nations autochtones, la réplique était cependant plus hésitante. Pourraient-elles revendiquer des territoires du Nord en usant du même droit à l’autodétermination, utilisé par les souverainistes?
Les premiers jours de février 1996 marquent donc le début d’une offensive fédérale. En 1997, le gouvernement Chrétien demande un avis à la Cour suprême, et celle-ci répondra en août 1998 en disant que le principe démocratique, au cœur du fédéralisme canadien, imposerait au gouvernement fédéral de négocier la souveraineté du Québec si la question posée est claire et si la majorité est claire. Et c’est ainsi que Stéphane Dion présentera la Loi sur la clarté, laquelle sera adoptée en 2000. Elle est toujours en vigueur.
À première vue, cette offensive aurait pu, voire dû, provoquer une montée du souverainisme au Québec. Au-delà des cercles politiques et intellectuels, ce fut plutôt le contraire. Trente ans plus tard, le docteur en science politique que je suis reste sans réponse devant cet étrange cours de l’histoire.

 

Jean-Herman Guay, Ph.D
Professeur émérite de l’Université de Sherbrooke

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1er trimestre 2026, Régime canadien